L’idéal de perfection: les prémisses à la fusion?

On entend beaucoup de choses concernant la fusion et aussi intéressants et séduisants soient les propos à son sujet, l’on ne peut pas saisir la nature de l’expérience avant de la vivre soi-même.

Tout part de soi. Toujours.

Allons sur un sentier forestier qui descend rejoindre un lac turquoise aux accents azzurri. Une brise encore froide d’un hiver qui s’essouffle caresse les aiguilles de la pinède. Le soleil, de plus en plus haut dans l’horizon enlumine le sol brun et doux d’un parfum capiteux que ses rayons effleurent avec délicatesse, prémisses à sa puissance. La couronne boréale s’éveille, égayée par les trilles de ses habitants ailés.

La fatigue se fait sentir mais j’accélère et laisse mon compagnon de route à son rythme. Je prends le mien.

Dans la forêt qui borde le sentier, j’entends des feuilles tressaillir. Je les perçois. Les bêtes gracieuses qui foulent la terre de leurs sabots nerveux. Je marche de plus en plus vite. Le vent léger m’enveloppe et semble m’accompagner lui aussi. Il arrive. Je sens sa piste mais je l’ignore. Les chevreuils se mettent à courir et je les suis. Je marche toujours mais nous sommes ensemble.

La belle, la timide se dessine dans mon esprit. Elle n’a pas de forme mais je la sais présente. Au-delà de mes sens, de tout extérieur anguleux et théorique, elle affiche ses rondeurs en volutes évanescentes.

Pas de passé, pas de futur, pas de présent. Les lignes de temps s’effacent sous le rythme de mes pas. La vie galope à mes côtés et jamais ne me distancie. Je suis l’étincelle de l’esprit, pure présence à moi non pas dans un état de transe ou de plus haute conscience. La conscience, à ce stade, est dépassée.

Je ne respire plus, je dirige ma respiration. Ma volonté et mon intelligence ne sont plus extérieures à moi. Je les délimite sans chercher à les emprisonner. Je suis la volonté. Je suis l’intelligence.

Et je sais déjà qu’au prochain carrefour, deux chevreuils s’arrêteront  et se retourneront. Je définis les événements. Il n’y a plus de lutte, plus d’effort à faire. L’astral s’est dissous sous la puissance de la grâce, amante, aimante au-delà de tout mais fugace et sauvage. Je contiens mon univers et je sais l’universalité de mon esprit.

L’esprit ne se domestique pas, ne se contrôle pas. Il est la grâce. Il est mon idéal de perfection.

La fin du chemin approche. Je ralentis et je reviens d’un endroit duquel je n’étais même pas partie. Combien de temps cela a-t-il duré ? Je ne sais pas. Une seconde ou des milliers d’années. Les deux. Peu importe. Pas d’unité, mais une identité au-delà de toute mesure, au-delà de tout savoir.

J’esquisse un sourire. Arrivée au carrefour, deux chevreuils s’arrêtent et se retournent. Nous nous regardons. Partage d’un flow dont l’extase décrite dans la plupart des textes sacrés n’est qu’un pâle reflet de ce que nous venons de vivre.

D’un bon agile et gracieux, nous disparaissons dans les frondaisons dorées. Je les suis encore un moment mais l’étincelle s’évanouit.

Je le savais m’entends-je dire. 

Mon amour est parti mais il reviendra. Une autre fois. Pour l’éternité. Je ne suis plus seule.

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